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Témoignages de survivants

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Son mouvement ne laissait aucun doute, mais ils lui ont tiré dessus à nouveau pour s'assurer

  • Vlada P.'s story

Ils pensent que nous sommes une bande de drogués qui ont fui un terroriste


Eh bien, la vérité est que je n'avais pas prévu de partager tout cela, et je n'avais pas du tout le sentiment d'être capable d'y revenir, et qui suis-je comparée à d'autres qui y ont passé des heures plus longues et plus difficiles et ont vu des horreurs indescriptibles et ceux qui ne sont pas revenus ? Ceux dont on ne sait même pas ce qui leur est arrivé, ce qui est arrivé à leurs familles et ceux qui ont été assassinés de sang-froid? Alors qui suis-je pour parler?

J'avais tellement honte. Mais deux jours ont passé et je reçois chaque jour des messages, et j’essaie de digérer ce qui s'est passé là-bas et aussi vous qui n’arrêtez pas de me dire que je dois raconter, tout cela m'amène à parler de ce que j'ai vécu.

Je veux partager mon miracle privé, la Providence incroyable qui m'a sauvée.

Je suis allée à la fête avec mon fiancé Matan et notre amie Maï. Par hasard Matan avait reçu 2 billets gratuits de son cousin et Maï nous a rejoints à la dernière minute.

En chemin, je comprends que la fête est à un kilomètre et demi de Gaza et je leur dis que ça chauffe en ce moment et qu'il faut se préparer aux roquettes ; mais, après tout, nous sommes du Sud du pays, les roquettes on connaît, et puis c'est si proche que je ne pensais pas du tout qu'elles pourraient nous atteindre, en général les roquettes sont tirées plus loin.

Tout au long de la route et pendant la fête, quelque chose me semblait étrange, pas serein du tout, mais bon on y va, on se laisse porter comme toujours.

Comparée à n'importe quelle fête, l'énergie n'est pas très forte. Je n’ai pas sauté dans tous les sens et j'ai décidé de m'allonger avec Maï sur la paillasse sous la tonnelle (le coin où nous étions assises). À 6h40, Matan s'assoit à côté de nous et nous demande : "C'est quoi, ces sirènes ?" Il a entendu les alertes de l’application Alerte Rouge de mon téléphone avant même que nous voyions quoi que ce soit.

Une seconde après, des roquettes ont commencé à fuser dans le ciel. Personne ne semblait réaliser ni même s'émouvoir au début... Nous sommes tellement habitués !

Et soudain la musique s'est arrêtée, nous avons laissé toutes nos affaires sur place et nous avons couru vers la voiture. Nous étions les premiers à partir.

Mon sens de l'orientation est très aiguisé. alors je savais où était la voiture mais pour une raison qui m’échappe, quand nous sommes partis, impossible de la trouver. Il nous a fallu 5-10 minutes pour la repérer et c'est ce qui nous a sauvés. Vous comprendrez bientôt pourquoi.

Nous montons dans la voiture toujours parmi les premiers et soudain nous entendons des coups de feu mais nous n'y attachons pas trop d'importance, après tout nous sommes près de la frontière. Nous démarrons.

On pouvait sortir en tournant à gauche ou à droite.

Nous habitons à Ashdod, alors nous avons tourné à gauche. Nous étions tout au plus la quatrième ou cinquième voiture qui s'engage sur cette route. Tout à coup les voitures devant nous se mettent à faire demi-tour précipitamment et nous nous demandons : « pourquoi ? » Nous entendons alors les cris: « Terroriste ».

Je suis au volant, Matan est à côté de moi et Maï à l’arrière. Je suis sûre qu'il s'agit d'un seul terroriste c’est rien, tout ira bien. Tout à coup un gars sort en courant de la voiture devant nous et tombe, à cause des coups de feu.

Alors je me concentre, fais demi-tour calmement, et je dis à Maï et Matan de baisser la tête. Comment les balles ne nous ont-elles pas touchés? Je n'ai pas de réponse.

On roule de l'autre côté (à droite de la sortie de la fête), et là je me heurte à un énorme embouteillage car tout le monde a déjà compris qu'il y a un terroriste à gauche. Et ensuite il se passe quoi ? Des tirs de dingue ici aussi, des gens s'enfuient des voitures en direction de la sortie de la fête là pour être près des policiers etdes agents de sécurité. Il y a aussi des petits refuges sur le côté gauche. Sur la route il y a des missiles là-haut dans le ciel , vous vous rappelez ? Au passage, moi aussi j'ai voulu m'abriter dans ce refuge mais Maï ne m'a pas laissée faire car la police a commencé à crier d'aller très vite vers l'est et de courir pour sauver notre peau car les coups de feu se rapprochaient et on commençait à comprendre que ce n'était pas un, pas deux, mais des dizaines, des dizaines et des dizaines de terroristes venant de partout, debout dans des sortes de jeep Savane blanches ou à moto et nous arrosant de balles dans toutes les directions.

On retournes en courant vers la voiture alors que la moitié des gens est déjà à terre. Encore une fois, je ne sais pas comment nous ne sommes pas morts nous aussi.

Dans la voiture, je fais demi-tour et je fonce à travers champ vers l'est.

Là aussi, un embouteillage fou, et la moitié des gens descendent des voitures pour s'enfuir. Nous sommes donc coincés. Alors nous sortons aussi de la nôtre et nous apercevons des dizaines de terroristes qui crient "Allah Akbar", qui hurlent et tirent dans toutes les directions. Ils abattent les gens comme dans un jeu vidéo. Ils n'avaient aucun effort à faire, juste à se précipiter vers nous. Nous remontons en voiture ; j'essaie de conduire mais je comprends qu’il n'y a nulle part où aller parce que tout est bloqué. Maï crie « Allez, allez il faut s'enfuir d'ici viiite! » ; Ils sont là, les tirs touchent déjà notre voiture. Je me rends compte qu'il n'y a nulle part où aller. Nous redescendons tous les trois de la voiture et là je décide de me coucher sous un arbre. À quoi ça sert de courir ? Ils vont m'abattre dans un instant. Maï me voit et me crie de toute son âme : « Lève-toi ! Lève-toi ! Il faut fuir ! Ne reste pas là, à aucun prix ! » Alors je cours, je cours, comme un robot, sans crier, sans rien, juste choquée de la situation. On s'est dispersés, on ne voyait plus rien, juste courir… tant qu'on pouvait.

nous apercevons des dizaines de terroristes qui crient "Allah Akbar", qui hurlent et tirent dans toutes les directions. Ils abattent les gens comme dans un jeu vidéo.


Je partage tout cela pour que vous compreniez à quel point, nous, moi, on a été sauvés à la seconde près à chaque endroit !!!

Pendant que je courais, une voiture s'est arrêtée à ma hauteur. Je n'ai même pas pensé à monter dedans. Maintenant seulement je comprends, d'après les vidéos que j'ai vues, qu'ils n'avaient pas l'intention de me laisser monter stressés de ne pas avoir laisser monter, des dizaines d'autres avant moi. Mais pour une raison qui m’échappe, mon ange gardien Yossef Ben Abu a décidé de s'arrêter spécialement pour moi pendant que son ami lui criait de ne pas s'arrêter et de continuer à conduire. Je suis donc montée dans la voiture et là Maï me voit et me crie de la faire monter aussi. J'ouvre la porte alors qu'ils l'avaient verrouillée, et Maï réussit à grimper dans la voiture en poussant de toutes ses forces et puis... Matan me crie : « Vlada », je le vois, mais ils continuent à conduire et foncent sous ses yeux... Je ne blâme personne. D. merci, nous sommes tous à la maison et tout s’est passé comme il le fallait mais ces moments et son visage, je ne les oublierai jamais. Ça y est... Je l'ai perdu. Derrière lui, ils tombent tous l'un après l'autre. Ils lui ferment la porte au nez et la verrouillent. Je n'ai aucun moyen maintenant de sortir de la voiture. Une Kia Picanto et nous sommes 7 à l'intérieur.

Je baisse la tête parce qu'on nous tire dessus. J'essaye de joindre Matan, réalisant que personne ne l'a pris en voiture. Je suis persuadée que tout est fini pour lui... Jusqu'à ce que finalement une femme extraordinaire le prenne au passage et le fasse monter dans sa voiture.

À ce moment-là, on continue à nous tirer dessus de tous les côtés. On a tous la tête baissée mais nous approchons d'un terroriste dans une Savane blanche qui semble nous attendre devant dans un grand terrain. Si vous me demandez comment c’est possible que quand nous sommes arrivés à lui, il était à terre, mort, abattu, je n’en sais rien.

nous approchons d'un terroriste dans une Savane blanche qui semble nous attendre devant dans un grand terrain.

Apparemment, il a été blessé par les tirs de terroristes derrière lui, ou peut-être autre chose, je ne le saurai jamais. On arrive à l’intersection et il est mort devant nous. Quelle chance hein ? Le gars qui conduit veut tourner à droite et nous crions: "à gauche". Alors qu'il tourne à droite, des coups de feu sont tirés de cette direction. D.ieu merci, personne n'a été touché mais D.ieu nous a encore dirigés de l'autre côté et personne n'a été blessé. Après quelques minutes de conduite dans la terreur, nous arrivons en sécurité à la base de Tzeelim au moment oùMatan, lui, arrive à la base d'Urim et j'entends au téléphone qu'ils se font bombarder par des tirs et des grenades depuis l'extérieur de la base. (D.ieu merci au final ils n'ont pas réussi à pénétrer dans la base de renseignements). On arrive à la base et personne ne comprend ce qui s'est passé là-bas, personne ne nous croit, personne ne nous écoute ; ils pensent que nous sommes une bande de drogués qui ont fui un terroriste au maximum. Nos amis sont toujours en fuite là-bas ; certains sont grièvement blessés ; certains se cachent et personne n'est venu les aider comme vous l'avez vu, des heures après, et même un jour après !!!

ils pensent que nous sommes une bande de drogués qui ont fui un terroriste au maximum.

"Puis j'entends l'une des soldates dire : "Maintenant, je comprends pourquoi ils ont volé des armes et des munitions dans la base il y a deux jours et il y a un mois ». Et moi, je comprends que nous ne sommes pas protégés ici non plus, avec ces deux soldates de 18 ans à peine, à l’entrée de la base avec une arme. Et je comprends qu'elles ne pourront jamais arrêter des dizaines de terroristes avec des RPG, des grenades et des armes.

Personne n'était capable de comprendre ce qui se passait avec les renforts là-bas. Pendant des heures, nous sommes restés à la base, du matin jusqu'au soir. Sans renforts. Shabbath, d’après le protocole, il y a très peu de soldats à la base. Et ils se promènent quasiment en pyjama et nous disent : "Si vous avez envie de partir, allez-y.… mais par vos propres moyens, en voiture ou avec vos parents et bonne chance". Mais il n'y a pas de transport, il n'y a pas de protection, il n'y a rien. Encore une fois je n'en veux à personne au départ. Mais à 20h30 un couple de parents arrive en courant et en criant depuis l'entrée que leur fille était à la fête, qu'elle a reçu une balle dans les côtes, qu'elle a envoyé sa localisation et qu'elle se cache avec un autre garçon sous une voiture et personne ne l'a secourue depuis 7h du matin !!!!!!!! Jusqu'à 20h30 personne n'est allé là-bas et ils n'ont pas non plus été autorisés à passer. Est-que quelqu'un aurait même une bribe d'information à ce sujet: Qui est cette jeune fille ? Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Qui sont ses parents ? Ils venaient de Haïfa. J'aimerais beaucoup les retrouver. Je n'arrive pas à les oublier.

Pendant tout ce temps, Maï et moi sommes restées seules à la base, ne sachant pas quoi faire. Nos familles veulent venir, tout le monde veut venir, mais on comprend qu'on ne peut pas les mettre en danger ; on sait ce qu'on a vu, et personne ne peut approcher de là.

Heureusement pour nous, Maor Harush, le compagnon de Maï, notre héros, a pris la route pour le sud et est venu nous chercher.

Alors que Matan est à la base de Urim entouré de terroristes, Maor vient nous chercher et, malgré les instructions de ne pas rouler dans cette direction, il roule encore 15 minutes dans cette direction en pleine zone de combats, nous récupérons Matan et nous rentrons à la maison. Bien entendu, le trajet a été éprouvant et effrayant mais à la fin, on est arrivés chez nous. On est là en train de serrer notre petite fille dans nos bras alors que d'autres ont été abandonnés pendant des heures sur le terrain, que d'autres ont été kidnappés et assassinés des heures durant. Je ne saurais dire combien j'en suis désolée.

Et pourquoi était-ce si important pour moi de partager tout ça ? Pour montrer à quel point le Créateur m'a protégée, à quel point chaque minute de ce qui m'est arrivé était de la foooolllliiiieeeee, juste dingue.

Les 5 mois précédant l'attaque, j'ai vu chaque jour de toutes les manières possibles le nombre 111 devant mes yeux. Pour ceux qui croient, savent ou connaissent, ce nombre est le signe d'une Providence supérieure, les numéros d’anges.

Ce jour-là, depuis la veille, je n'ai vu que les chiffres inversés: 12 / 21

13 / 31

14 /41 Tous ces chiffres-là et j’ai eu une horrible intuition !!!... et voilà c'est arrivé.

Depuis que je suis rentrée chez moi, deux jours se sont écoulés, j'ai reçu une vidéo de mon sauvetage et de celui de Maï et quel est le nombre de mégaoctets du fichier? 11.1 Pensez ce que vous voulez mais pour moi, c'est un choc, et là je décide de partager une photo avec Maï pour la remercier car c'est grâce à elle que je suis là. Grâce à elle !!! Envoyée de D.ieu.

Et ce que je vois maintenant, c'est cette vidéo que je partage, comme si quelque chose là-bas avait eu lieu et c'est là devant moi, ça me choque même si c'était par hasard.

Je supplie tous ceux qui le peuvent, finissez-en avec ça une fois pour toutes et celle qui vous le dit est une de celles dont le cœur va également aux Gazaouis qui souffrent et sont blessés, aux enfants, aux bébés, aux femmes qui souffrent du Hamas. Par pitié, ne me tuez pas pour avoir dit cela.

Je sais que des centaines de nos amis sont maintenant otages là-bas à Gaza mais moi quand j'étais à la base, j'ai cherché tous les objets pointus possibles au cas où ils viendraient, pour qu'ils ne me tuent pas, j'aurais mis, moi-même, fin à mes jours. Je le savais. Rien n'importait, ils ne m'auraient pas vivante. Après ce qu'ils ont fait et continuent de faire, ce sont des animaux humains, ils sont fous, ils n'auront de pitié pour personne. Si on ne les détruit pas complètement, peu importe le prix, on continuera à payer un prix très lourd jour après jour, année après année, cela ne s'arrêtera jamais. J’espère que vous trouverez un moyen de libérer tous les otages là-bas. Je prie chaque jour pour qu'ils soient sains et saufs et qu'ils ne soient pas blessés. Cette fois, c'est extrême, ils ne s'arrêteront pas, ils nous ont attaqués avec toutes leurs forces. S'il vous plaît, frappez-les de toutes vos forces ; faire sauter leurs immeubles ne suffit plus ; ils sont là, ils sont parmi nous, D.ieu sait combien ils sont.

Après les miracles dont j'ai bénéficié, je crois que D.ieu nous protège et que tout ira bien, mais s'il-vous-plaît, qu'il n'y ait plus de victimes, que cela cesse.

Il fallait que je me libère, que je partage tout cela. Merci merci merci papa qui est dans les Cieux, merci pour chaque seconde, merci d'avoir pris soin de moi personnellement, merci pour le miracle d'être là pour embrasser ma fille et ma famille ! Mon cœur va à tous ceux qui ont vécu ces horreurs, à tous ceux qui ont perdu leurs proches et à tous ceux qui sont sans nouvelles, je souffre avec vous.


Vlada P.





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