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Témoignages de survivants

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Des tirs sans fin - des tirs sur notre maison, des tirs sur la fenêtre de l’abri

  • Yam S.'s story

Les terroristes s’étaient déguisés en policiers. On voit les gens tomber, un à un.

Vendredi 6 Octobre au soir, on se prépare, excitées, à se rendre au festival, j’ai tellement hâte d’y être. On installe la tente, on étend une natte sur le sol et on parle de la vie, on boit de la bière, on rie… On rejoint la scène qui venait d’ouvrir, pleines d’excitation. Je n’ai pas ressentie une telle adrénaline depuis très longtemps…

Les cinq meilleures heures de ma vie.

Un mince fil sépare le paradis de l’enfer.

On s’est séparés. Nous étions deux, un ami et moi, et Almog à quelques mètres à côté de nous dans un stand de massage.

Soudain, on entend un bruit étrange et comme un feu d’artifice dans l’air.

Personne ne comprend, certains choisissent d’ignorer le bruit et continuent de danser; la musique aussi continue.

D’un coup, tout devient clair, la musique s’arrête; le public est invité à évacuer les lieux et des milliers de personnes courent vers la sortie. Je commence à hurler comme je ne l'ai jamais fait dans ma vie pour trouver Almog.

Les gens courent vers moi, et je cours dans la direction opposée vers le festival pour que nous puissions être ensemble.

Après dix minutes d’enfer on s’est enfin retrouvés.


J’ai pris le téléphone d’Almog et j’ai commencé à filmer une vidéo d’adieu pour ma famille. Je ne pouvais pas croire que la situation se terminerait différemment.

On était persuadés qu’à partir de maintenant, tout irait bien et qu’il ne pourrait rien arriver de pire, nous étions tous ensemble!

Les gens stressés courent vers les voitures, entrent et commencent à rouler.

Les parents appellent ne sachant pas que nous sommes là et pour les rassurer, je leur dis que nous sommes dans un abri protégé dans un lieu fermé. Très vite, ils découvrent que nous sommes en plein milieu de l’événement.

Je raccroche, on rigole un peu et on dit « aller, on va rentrer à la maison, et on va manger un peu de chocolat pour se calmer. »

Soudain, les gens nous crient de sortir de la voiture, on a tous peur, on laisse tout dans la voiture, le téléphone, les clés, les chaussures, tout. On commence à courir et à se cacher à proximité.

Après environ 10 minutes, les gens commencent à s’approcher de la police.

Et d’un coup , rafale de tirs , comme au cinéma.

« Ils nous tirent dessus, fuyez ! », a crié quelqu’un.

Les terroristes s’étaient déguisés en policiers.

On voit les gens tomber, un à un.

Et en même temps on continue d’avancer, on court parce qu’il n’y a pas le choix, ils nous tirent dessus à coups de raffales non-stop.

Les terroristes s’étaient déguisés en policiers.On voit les gens tomber, un à un.

On est sur un champ d’épines, au bout de cinq minutes de course, mes chaussures tombent.

Je suis pieds nus et je cours de toutes mes forces.

Un de mes pieds est complètement blessé, chaque pas est un enfer continue;

Des gens m’ont aidé à marcher, m’ont aidée à me relever et m’ont dit de continuer, de ne pas m’arrêter, de ne pas abandonner.

Mais dans ma tête je me dis que c’est déjà fini, ma vie est finie, je n’arriverai jamais à faire un pas de plus.

Je dis à ceux qui sont avec moi de continuer et de ne pas m’attendre, tout ira bien, ça y est, j’abandonne.

Par miracle, j’étais avec les meilleures personnes possibles; ils ne m’ont pas laissée tomber et m’ont tenu la main tout le long du chemin.

Après encore 10 minutes de course, des successions de montées et descentes , tout cela pieds nus et dans un champ d’épines.

J’ai à nouveau senti la fin; ils sont derrière nous et les coups de fusils sont dirigés vers nous; je n’arrive pas à bouger, j’entends des cris, je tombe et me relève, je tombe, je me relève…

J’ai pris le téléphone d’Almog et j’ai commencé à filmer une vidéo d’adieu pour ma famille. Je ne pouvais pas croire que la situation se terminerait différemment.

Encore 5 minutes de course et plus personne en vue; ils ont continué à courir et nous sommes restés à l’arrière.


Personne ne vient, personne n’arrive à nous localiser, on est dans une zone de guerre dans laquelle personne n’a le droit d’entrer.

Nous avons décidé que nous devions nous cacher et espérer qu’ils ne nous trouvent pas.

On s’est allongés dans le champ; derrière nous de la végétation et devant nous une zone dégagée.

Nous sommes complètement exposés, sans la possibilité de bouger ou de mieux se cacher; ils sont derrière nous.

Les tirs ne s’arrêtent pas une seconde et à partir de ce moment-là, il n’y a plus qu’à prier.


Avec calme et ingénieusement, Almog, qui avait encore son téléphone, a envoyé notre emplacement à nos parents et ils les ont transmises à toute personne qui pourrait nous venir en aide.

On s’en occupe, ils nous rassurent, « On vient vous chercher ».

On reprend espoir, dans 10 minutes, tout sera derrière nous, on vient nous chercher.

Une demi-heure passe, une heure, une heure et demie, deux heures…

Et le temps passe, une éternité ….

Personne ne vient, personne n’arrive à nous localiser, on est dans une zone de guerre dans laquelle personne n’a le droit d’entrer.

Et à mesure que les minutes passent, les pensées funestes refont surface plus que jamais.

J’appelle la police et j’attends de longues minutes que quelqu’un réponde qu’on vient nous sauver.

D’un coup, ils répondent , je suis au comble de la joie, je leur dis - « sauvez-nous s’il vous plaît je vous en supplie »; on raccroche.


Encore une fois, on revient au point de départ.

Encore une heure passe, on est cachés en plein soleil, sans eau, sans ombre, juste nous et des insectes qui grimpent sur nous.


On prie pour qu’ils ne nous voient pas.

Silence radio.

On a entendu des bruits, on entend de l’arabe, les terroristes sont derrière nous.

On a l’estomac noué, et la seule chose qui nous cache, ce sont peut-être quelques branches.

On se tient la main le plus fort possible, chacun prie au fond de son âme.

Après quelques minutes, le terroriste de droite prend le sentier qui est en face de nous, il est habillé en noir.

Mes larmes ne s’arrêtent pas de couler , mon corps ne digère pas et je n’ai pas la possibilité de dire un mot.


J’ai commencé à remercier D.ieu pour tout ce qu’Il m’a donné dans la vie, pour ma famille, mes amis, mes expériences, pour tout.

Ça y est, c’est fini, il lui suffit de bouger la tête un peu vers la gauche pour voir nos trois corps allongés sur le sol.

Ce moment a duré une éternité , il ne nous a pas vus, on a été sauvés.

On attend encore une heure, le bruit des roquettes fait déjà partie du paysage.

Les bruits de coups de feu sont devenus quelque chose de normal.

Et on attend toujours, chacun essaye d’être fort pour l’autre, on se rassure, c’est pas évident, mais le fait d’être ensemble nous réconforte.

Au bout de six heures on commence à ressentir des vertiges, des maux de tête et des nausées dues à la chaleur, le soleil est au-dessus de nous, sans ombre.

On meurt d’envie de sortir de là, mais dans ma tête c’est foutu, il n’y a aucune chance que ça arrive, il n’y a aucun moyen de sortir d’ici.

Un peu de temps passe, et on entend une voiture venir en sens inverse.

On a peur et on espère en même temps, c’est soit des terroristes qui viennent nous tuer, soit des civils venus nous sauver, l’un ou l’autre.

D’une manière ou d’une autre, ils viennent devant nous, il n’y a donc nulle part où fuir ou se cacher. Ils crient quelque chose de flou et on ne bouge pas, on est morts de peur d’être vus, le troisième cri est devenu plus compréhensible : « Yam » « Yam » « Almog »

On court tous les trois aussi vite que possible, pendant qu’on nous tire dessus,sans jamais regarder en arrière.

On rentre dans la voiture.

Je ne comprends pas ce qui se passe, on récupère en chemin des personnes qui étaient dans la même situation que nous.

16 personnes les unes sur les autres, poussiéreuses, en sueur, blessées, angoissées, dans une zone dégagée sans que ça ne s’ arrête jamais de tirer.

On s’est arrêtés à mi-chemin entre Réim et Patish.

On nous a apporté de l’eau, des cigarettes, on a pu appeler nos parents pour leur dire que tout allait bien.

Et à partir de là, le reste appartient à l’histoire.

Je saisi cette opportunité pour dire merci.

Merci à D.ieu de nous avoir ramenés sains et saufs à la maison.

Merci aux personnes qui étaient présentes à la fête et qui se sont entraidés, même lorsque leur vie était en danger.

Merci aux civils qui nous ont secourus et sont entrés dans une zone de tirs sans crainte.

Merci aux incroyables résidents de Maslul qui ont ouvert leurs maisons et nous ont apporté toute l’aide dont nous ne pouvions que rêver et plus encore.

Merci au couple incroyable qui nous a accueilli avec amour, avec tant de gentillesse et qui a veillé à ce qu’on ne manque de rien.

À Shira, qui nous a emmené en voiture de Beer Sheva à Tel Aviv et qui est retournée à Beer Sheva.

Et un immense merci à Almog et Ron, grâce à vous je suis là; nous ne nous sommes pas abandonnés un seul instant, chacun à son tour a calmé la situation et renforcé l’autre.

Je vous aime

On traverse des jours difficiles et on a vu des choses inimaginables de nos propres yeux et dans les médias.

Les gens qui ont dansé avec nous, certains ne sont plus là, les gens qui se sont enfuis avec nous, qui nous ont aidés ont été assassinés, ont disparu, ont été kidnappés; toutes ces horreurs qui se sont produites.


Je partage le chagrin de toutes les familles, dont les proches sont restés là bas.

Et je prie D.ieu pour que ceux qui sont en vie, rentrent chez eux, sains et saufs auprès de leurs familles et de leurs proches.

Soyez forts et serons toujours à vos côtés! Le peuple d’Israël est vivant et uni!


Yam S.

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