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Témoignages de survivants

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Son mouvement ne laissait aucun doute, mais ils lui ont tiré dessus à nouveau pour s'assurer

  • Maya E.'s story

on entend les cris déchirants de bébés qui n’ont pas même un an

Je vous partage mon histoire principalement pour expliquer et diffuser ce que nous avons vécu au poste de commandement du kibboutz de Kissoufim.

Les questions qui circulent sur le net du type « où étaient les guetteurs ? » n’ont pas lieu d’être.

Samedi, 4h du matin, je me lève pour faire encore une garde.

A 6h30, ça commence, des géolocalisations, une alerte rouge et des bruits d’explosion incessants, assourdissants, le tout en quelques secondes.

Chacune est en contact avec au moins trois commandos sur différentes lignes de signalement.

Et tout à coup, c’est chez moi que ça arrive : des dizaines de terroristes, impossible à dénombrer, des motos, un tracteur qui défonce la clôture de sécurité, suivi de pickups.

Le tout semble irréel, comme dans un jeu vidéo « demain je me lève et je vais raconter à tout le monde que j’ai vécu un raid ».

des dizaines de terroristes, impossible à dénombrer, des motos, un tracteur qui défonce la clôture de sécurité, suivi de pickups.

Je reconnais une explosion, certaine qu’il s’agit d’une frappe aérienne, tout est sous contrôle ! Mais après deux minutes, je me rends compte que je me suis trompée : l’explosion venait d’eux, pour défoncer la barrière de sécurité.

Les terroristes progressent. Tableau de la situation : ils se dirigent vers Kissoufim, vers nous.

J’espère en observant par la caméra que l’armée de l’air va les bombarder.

Mais rien ne se passe.

La caméra tombe en rade et je dois me fier à la balise de géolocalisation.

Ils sont là.

On laisse tomber, on se cache, des filles s’évanouissent, d’autres prient, on se rend compte que notre copine du poste de commandement est dans les résidences, sous fond de cris en arabe, de tirs, on prie tellement fort, on entend les cris déchirants d’un bébé qui n’a même pas un an ! Et pourquoi ce monde est-il si cruel ??




Après coup je me rends compte à quel point la protection divine était sur nous ! La caméra la plus importante s’est remise à fonctionner ! « Bien reçu, une équipe sur… » et sans aucune question, un drone d’attaque commence à bombarder…

Nous contrôlons presque la situation et sortons de notre planque.

Le poste de commandement ressemble à une scène de massacre comme on en voit que au journal TV mais en censuré tellement c’est insoutenable.

Le sol est inondé de sang, et là tu essaies de te calmer, de garder ton sang froid tout en venant en aide aux blessés.

Je suis sur les téléphones du poste de commandement… c’est Adi ! Elle est dans la résidence, elle est planquée et on viendra la sauver dès que ce sera possible.

Et je reçois encore des appels de civils qui cherchent leurs proches qui assistaient à la fête à Réïm.

Le sol est inondé de sang, et là tu essaies de te calmer, de garder ton sang froid tout en venant en aide aux blessés.

Les soldats qui étaient avec nous à l’instant dans le poste de commandement ont été dépêchés au contrôle de la frontière afin de comprendre l’ensemble de la situation parce que les moyens de communications avaient été coupés. Ils ont été touchés par des obus de mortier et ne sont pas revenus au poste de commandement.

Il n’en reste que sept : « si les renforts n’arrivent pas bientôt, nous allons mourrir».

« si les renforts n’arrivent pas bientôt, nous allons mourrir»


L’électricité a été coupée, le groupe électrogène s’est lui aussi arrêté, la porte électrique du poste de commandement s’est ouverte. Des terroristes se baladent sur la base alors que la porte est ouverte…

On commence à changer de poste pour obstruer la porte, alors même qu’il y a des combattants avec le doigt sur la gâchette juste devant la porte.

C’est l’obscurité complète.

Les renforts arrivent à 22h et nous délivrent.

Le trajet entre poste de commandement jusqu’aux bus dure sept minutes en courant en ligne et en silence, des sanglots dans la gorge, des cadavres jonchent le sol.

Sept minutes qui semblent une éternité.




Je suis à la maison, le cœur saigne, à cause de mes sœurs d’observation qui n’ont pas survécu, mes amis de la base que je ne verrai plus qu’en photo, les gens qui ont été enlevés,je ne peux même pas m’imaginer ce qu’ils sont en train d’endurer.

Toutes ces images qui ne sortent pas de ma tête et qui sont gravées en moi pour toujours.

Que leur souvenir soit une bénédiction.



Maya E.

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